Rencontre avec Carole, Ferme du Champ du ver Luisant, Haut Clocher

Didier et moi arrivons en pleine matinée, par ce samedi 13 février 2021 : terres gelées sur une colline ouverte, une vive lumière nous éblouit, soleil sur la neige…

Bien qu’elle ait annoncé un arrêt momentané des vente le samedi matin, plusieurs personnes arriveront à la salle d’accueil, pour chercher leur légumes… Le lien est visiblement repéré et vivant.

Ici la vie foisonne, le gros chien, tout jeune, court dans nos jambes et joue, tantôt avec nous, tantôt avec l’un ou l’autre des chats. Un des enfants de Carole viendra la quêter en la tirant par le bord de son manteau, quand il a besoin d’elle.

La grande bâtisse est tout en bois, et a des allures de couvent de l’extérieur. C’est qu’ici nous sommes en zone protégée sur le plan des constructions, car un site gallo romain est tout proche, et côtoie des lieux sacrés d’autres époques. Le site est inspirant, et ça ne date pas d’hier.

Dans cette première grande salle, se côtoient les différentes variétés de courges, hautes en couleurs, les endives et les pleurotes mûrissent dans l’ombre d’une pièce voisine, une grande baignoire et un appareillage d’essorage permettent de traiter salades, carottes et autres légumes qui seront transmis nettoyés et préparés.

Carole travaille au quotidien avec 3 à 5 woofers, c’est-à-dire des personnes qui viennent travailler et apprendre avec elle, ils sont nourris et logés, en échange de cette transmission par le travail partagé.

Carole peut accueillir ainsi à la ferme des personnes souhaitant apprendre en mettant les mains dans la terre, dans divers chantiers au fil des saisons. 5 immenses serres, dont l’une bioclimatique, abritent salades variées, aromatiques, jeunes plants de choux, fenouil, épinard, carottes, etc.

Carole nous explique n’avoir pas été formée à la permaculture, mais être une maraîchère biologique, ouverte et qui expérimente. Elle partage ses recherches et expériences avec d’autres professionnels du secteur.

Elle travaille la terre pour partie avec ses ânes, tout proches, et aura cette année une parcelle au sol non travaillé.

Elle transforme également des fruits divers de deux vergers tout proches.

La beauté du lieu et du sens du lieu ne doivent pas faire oublier la complexité et la difficulté de l’entreprise, pour rentabiliser un engagement global très fort. Toutes les techniques sont à la fois au service de l’environnement, et au service de la pérennité du lieu, qui passe nécessairement par un revenu suffisant pour que le producteur puisse vivre décemment de son travail, sans s’épuiser, dans des conditions de travail qui ne sont pas que doucement printanières, mais incluent aussi ces jours, comme aujourd’hui, de grand froid…

Nous constatons avec elle que dans certaines saisons, des quantités importantes de légumes peuvent être « en surplus », c’est-à-dire prêts, mûrs, et non choisis, achetés… c’est le principe de l’abondance en saison pleine : pour nous « mangeurs », à cette époque l’envie n’est pas forcément d’évidence, puisque nous avons déjà mangé de ces légumes, parfois à foison… mais comment penser le lien et le respect de cette abondance ? Quand nous savons le travail que représente cette production, mais aussi le coût global qu’auront d’autres consommations générant des transports et des traitements qui se payent collectivement au prix fort ?

A l’InvenTerre, les produits de saison seront accompagnés d’informations et de guides sous forme d’ateliers, d’articles, d’échanges, de façon de transformer les produits légumiers pour les conserver : on peut en pleine saison préparer les mois d’hiver, et goûter à d’autres saisons les richesses de la saison passée…

A l’InvenTerre nous choisirons, avec Carole, de vous transmettre les légumes tels qu’ils sont apparus, dans leur richesse goûteuse et vitaminée, et dans leur imperfection : une courge abîmée pour partie garde une partie tout à fait saine et goûteuse par son mûrissement. Ne pas gaspiller, remercier, apprécier, goûter, transformer… nous transformer pour devenir davantage conscient et adulte, à l’écoute de ce que la terre, la nature, nous enseigne actuellement : être avec ce qui est, se situer, et profiter de l’abondance partagée.

Merci Carole !

Hélène Spindler

Pour l’InvenTerre du Pré Vert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *